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Le Knowledge Marketing

lidia| 24 juin 2008 8:00

Comme on l’a vu dans l’article précédent (La cocréation : une rupture avec les modèles classiques du marketing), passer d’une situation de Market-Pull à la cocréation constitue une révolution de taille pour une entreprise : changement de mentalité et d’organisation car c’est le client, la valeur d’usage et la notion de communautés qui prédominent dans l’acte d’innovation et de création.

Ce changement, s’il est trop brutal peut entrainer un refus ou un blocage de la part des collaborateurs d’une entreprise voire de la direction elle-même. Pour accompagner ce changement, on peut graduellement arriver à un stade de cocréation et coproduction en passant par une phase d’apprentissage du client. Celle que O. Curbatov nomme le Knowledge Marketing.

Le Knowledge Marketing consiste à associer le Customer Empowerment au Knowledge Management. Que sont ces trois concepts ?

Le Customer Empowerment a pour principe de donner le pouvoir aux clients grâce aux actions d’apprentissage et de création en boucle, c’est-à-dire une sorte de « commerce équitable » entre l’entreprise et le client où le client apprend de l’entreprise et l’entreprise du client.

Le Knowledge Management consiste à réunir, structurer, partager, valoriser et rendre accessible l’ensemble des connaissances, savoirs et données des employés d’une entreprise.

Dans le cas du Knowledge Marketing, l’entreprise assure un dispositif permettant aux clients d’acquérir des compétences et connaissances concernant ses produits (utilisation, entretien, adaptation à ses propres besoins, à ses valeurs d’usages et comportements d’utilisation). Il est donc générateur de valeur, car l’entreprise qui collabore avec ses clients, en apprend tout autant du client. On est passé d’une situation de Market-Pull où on apprend sur le client à une situation de Knowledge Marketing où l’on apprend du client.

Comme il a été dit dans l’article précédent, l’Internet (grâce au Web 2.0 ou Web social) permet au client de faire connaître ses expériences clients (ou expériences de consommation), d’apprendre, de valoriser et partager ses connaissances avec ses pairs et de collaborer avec l’entreprise à la création ou l’amélioration de produits.

Pour cela, il faut impliquer vos clients le plus possible : produits, variables du marketing, expérience de consommation. Mais vos clients ne s’investiront pas de la même manière selon qu’ils sont experts ou débutants. Le degré d’implication sera plus fort pour un client expérimenté à condition d’adapter le degré de difficulté. Certains peuvent aller jusqu’à proposer aux clients de définir eux-mêmes leur degré de compétence.

Par ailleurs, i faut également réfléchir à la qualité du parcours d’apprentissage du client : axé sur le contenu ou le processus ? Celui axé sur le processus va s’intéresser davantage aux caractéristiques d’un produit et à la façon de l’utiliser, c’est-à-dire utiliser un produit de façon efficace. Alors que celui axé sur le contenu va s’intéresser principalement aux informations que détient un produit.

Selon Curbatov, deux stratégies sont possibles pour le Knowledge Marketing :

  • On délègue le pouvoir au client par des actions d’apprentissage, il co-crée  ainsi la compétence organisationnelle lors de processus de co-production, co-innovation et co-promotion.
  • Grâce à la communauté d’expérience, le client est plus impliqué et peut enrôler d’autres clients. Aux connaissances liées aux contenus déjà développés chez le client s’ajoutent celles des expériences de cocréation.

Autrement dit, on permet au client ayant un minimum de compétence et d’implication d’apprendre des informations sur les produits et une fois celles-ci maîtrisées, la communauté lui permettra d’assimiler les processus et de développer des expériences.

D’un client compétent il passera au statut de client expert qui par le système de cocréation pourvoira l’entreprise en nouveaux savoirs et compétences. C’est le cercle vertueux du Knowledge Marketing.
Pour mesurer l’efficacité du Knowledge Marketing, l’entreprise doit respecter un  certain nombre de principes :

  1. le client doit être conscient de l’Empowerment (de sa prise de pouvoir)
  2. la mesure des compétences objectives acquises ne doit pas occulter celle des compétences subjectives (celles que le client pense posséder)
  3. définir l’impact des compétences acquises sur la notion d’usage et l’expérience de consommation du produit.
  4. Les retombées pour l’entreprise : achat, ré-achat, cross-selling, upselling. Mais aussi les retombées plus subjectives comme : la satisfaction, la fidélité, l’évolution de l’image et des valeurs de marque, de la notoriété.

Quand on est centré-client et que l’on propose une possibilité d’apprendre comment utiliser de façon efficace un produit à une cible de clients compétents, on atteint alors un stade de création de valeur. Non seulement le client découvre et maîtrise les usages du produit et des expériences de consommation mais en plus il intensifie l’usage du produit et contribue à augmenter le nombre de ventes et l’attachement au produit et à la marque (fidélisation).

Le Knowledge Marketing, grâce à cette étape de maîtrise des connaissances et compétences des clients permet un passage en douceur vers l’étape de communauté qui sera un terrain propice aux clients compétents ou experts à la co-innovation et cocréation de produits. Nous ne sommes plus dans la perspective de connaissances du client et de feedback de compétences mais dans l’action du client.

Source : Thèse de Oleg Curbatov reprise dans Repères EDF - R&D

La cocréation : une rupture avec les modèles classiques du marketing

lidia| 20 juin 2008 8:00

Une synthèse de Serge Soudoplatoff sur la cocréation (qu’il nomme codesign) rejoint tout à fait mes convictions sur la façon de faire du Marketing, aujourd’hui. Il présente les faiblesses et les limites du marketing traditionnel basé sur une relation “one to many” et la difficulté des entreprises à passer du stade de l’innovation (déclenchement d’une nouvelle technologie) au marché de production pour le grand public.

Voici comment il explique que le marketing traditionnel basé sur le Techno-Push, où les ingénieurs pousssent une innovation vers le marché, suivi du modèle Market-Pull où le Marketing poussent des produits, issus d’études de marché, vers les consommateurs, ne peuvent plus faire recette auprès des clients férus d’interactivité, qui ont leur mot à dire, quant à l’usage du produit proposé.

Le Techno-Push : C’est la R&D qui guide l’innovation et la création de produits. Il s’agit d’un schéma linéaire :

R&D ⇒ Ingénierie  ⇒ Fabrication ⇒ Marketing ⇒ Vente.

Le client est en bout de chaine. Il n’y a pas d’adéquation entre la demande du marché et l’offre technologique. Or depuis l’économie d’abondance, nous assistons à une grande versatilité des consommateurs. Les entreprises font face à des difficultés dans la rétention des clients.

Le Market-Pull : C’est le Marketing qui guide la création de produits & services. Le client est étudié, analysé et observé sous toutes les coutures dans ses grandes masses puis dans son individualité (Ethno-Marketing).

Marketing ⇒ Techniciens ⇒ Fabrication ⇒ Vente

Ces entreprises fonctionnent souvent en réseau et se sont partiellement affranchies du réseau de distribution classique. Le meilleur exemple étant Dell. Le client est au centre. Mais on assiste à une insensibilité à l’Innovation. La Technologie vient après l’étude de marché. Il n’y a aucun souci de l’innovation d’usage du produit.

La Cocréation : C’est le client qui prend le pouvoir (Customer Empowerment) et qui s’impose dans le processus d’innovation et de fabrication. Il s’agit d’une expérience cognitive conjointe : transformation d’une technologie en usage et découverte de nouveaux usages. Mais ce qui importe le plus ce sont les rituels liés à ces usages. Les rituels sont souvent liés à des communautés. Or l’Internet a permis la mise en réseau des clients, ce qui est favorable à la création de communautés de clients en ligne.

Pour traverser le gouffre qui sépare le marché des clients visionnaires (ou de pointe et technophiles) du marché des clients grand-public, il faut savoir mettre à disposition de ces clients férus de « puissance créatrice » un espace où ils pourront grâce à une interaction cognitive (voir l’article sur le Knowledge Marketing) « dissoudre la technologie pour en faire un usage » (Serge Soudoplatoff).

Ce fut le cas pour l’Internet et les logiciels libres (Linux, Firefox, etc.) où des communautés de clients ont collaboré au développement et à l’amélioration de logiciels directement sur la communauté en ligne. Et c’est grâce à cette cocréation que ces logiciels ont pu s’imposer aux autres clients.
Cette multiplicité d’interactions entre les individus et les entreprises ou marques crée un monde de complexité que l’entreprise va devoir gérer. Pour cela, une politique de Knowledge Marketing s’avère indispensable pour passer d’une étape de Pull-Marketing à une étape de Cocréation.

Source : Le codesign comme nouvelle approche de la relation client à l’ère du web 2.0 – Serge Soudoplatoff

Toutefois, pour creuser sur le sujet de l’inadéquation du marketing traditionnel au marché et aux besoins actuels des consommateurs et clients, je vous conseille de lire le livre de François Laurent, Marketing 2.0, l’intelligence collective aux éditions M21.